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Extrait L’été des mangeurs d’étoiles

mercredi 29 mars 2017, par Mathilde

Extrait de L’été des mangeurs d’étoiles de Françoise du Chaxel.

L’Été des mangeurs d’étoiles a été créé le 24 mai 1993 au Théâtre de Suresnes Jean-Vilar, dans une mise en scène de Jean-Claude Gal.
Avec François Brument, Sophie Chantel, Sophie Cottier, Mélanie Duplenne, Hadda El Moudden, Denis Estavoyer, Fady Gormit, Valérie Koukoua, Frank Lauverjat, Pauline Liénard, David Migeot, Virginie Pigeau, Stéphane Pott, Jeanne Rauzier, du lycée Paul-Langevin de Suresnes.

Le spectacle a représenté la France au Festival international de Théâtre universitaire de Casablanca en septembre 1993.

LIEU :
Entre Nîmes et Montpellier, un village entouré de vignes.
C’est l’été.
Un groupe de jeunes s’y retrouve comme chaque année.
Certains y vivent. D’autres n’y viennent qu’en vacances.

PERSONNAGES :
ADRIEN, 17 ans, en vacances chez ses grands-parents.
JULIEN, 17 ans, fils des postiers, interne au lycée de
Montpellier pendant l’année scolaire.
MARION, 17 ans, fille du maire médecin, interne au même
lycée.
ANNE, 18 ans, en vacances. Son père, journaliste, a une
résidence secondaire dans ce village.
LAURE, 16 ans, en vacances. Ses parents viennent tous
les ans dans ce village. La famille y a une
ÉRIC, 25 ans, ses parents tiennent le bazar droguerie du
village. Il travaille à la station service.
PHILIPPE, une trentaine d’années, revient chaque année
dans le village tenir le café épicerie.
Et puis : NEDIM, 18 ans, SELMA, 17 ans, ils sont turcs. En
France depuis peu, ils sont là avec leur mère.
ELGA, une jeune fille en vacances dans un camping près
du village.

SELMA.– « Le pain est là sur mes genoux
Et les étoiles très loin de moi
J’y mords en contemplant les astres
Et gorgée de rêve
Incroyablement
Je mange les étoiles (Oktay Rifat, né à Istanbul en 1914) »
Ce sont les mots d’un poète de mon pays.
Longtemps, seule dans ma chambre de la maison
d’Istanbul en rêve j’ai mangé des étoiles.
L’étoile de l’enfance était presque éteinte.
Je cherchais la plus brillante.
Je l’appelais « liberté »…

Mon pays est un pays d’hommes.
Dans mon pays les femmes meurent
comme si elles n’avaient jamais vécu
étouffées de mots d’amour jamais dits.
Je ne veux pas mourir étouffée.
Mon père adore la France.
Il m’a fait apprendre le français.
J’ai appris le français
comme on respire une bouffée d’air frais
par un soir d’orage.
J’ai appris le français
en rêvant d’un pays où les femmes regarderaient
les hommes sans crainte
où les livres ne seraient pas cachés

où je ne retiendrais pas mes mots
où la nuit m’appartiendrait.

Les activités de mon père mettaient notre famille à
l’écart.
J’étais doublement seule.
Quand on a parlé de départ
je n’osais pas montrer ma joie à ma mère qui
pleurait.

Et me voilà
dans ce village si petit où tout le monde se connaît.
Le ciel est plein d’étoiles ici aussi
l’odeur forte des lavandes sous ma fenêtre
m’entête
les cigales agacent mes rêves.
La nuit ne m’appartient pas encore.

NEDIM.– Il fait froid ici.
Pourtant l’air est chaud, brûlant même
mais j’ai froid.
Froid des regards
froid de la main jamais tendue.
S’ils me la tendaient, je ne la serrerais pas.
Je les observe,
Ils s’agitent beaucoup,
Ils ne font que remplir des vides.
L’amitié a besoin de calme.
Je les écoute,
Ils parlent souvent d’argent,
on dirait qu’ils mesurent tout.
L’amitié se mesure en silence.
Parfois je croise un regard intrigué, je n’y réponds
pas.
Je n’ai rien à faire de leur curiosité,
encore moins de leur amitié.
Je ne veux rien connaître d’eux.
Les hommes d’ici ne m’intéressent pas.
On se ressemble pourtant. Ce sont aussi des
hommes du soleil.
Non, on ne se ressemble pas.
J’ai dans les yeux le bleu dur du ciel de Turquie.
Les hommes d’ici ne m’intéressent pas, ni les
femmes.
Je sens leur regard sur moi.
Mes yeux bleus dans ma peau mate les attirent.
Elles ne savent rien de moi.
Le mystère fascine les femmes.

Dans mon pays les hommes vivent entre eux,
ici tout se mêle.
Les femmes me dévisagent.
Elles soutiennent mon regard.
C’est moi qui cède.
Elles me jettent leur corps au visage.
J’aime les corps cachés.
Je me détourne.

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