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Quand les ados s’emparent de l’écriture théâtrale contemporaine

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Comment théâtre et école réagissent aux enjeux du monde d’aujourd’hui

mercredi 26 avril 2017, par Jeanne

Comment Théâtre et École réagissent aux enjeux du monde d’aujourd’hui ?

Présentation de la cie :
Postulat de base de la cie Ariadne : Créer ensemble un projet de théâtre est une force motrice et unificatrice qui permet de faire avec l’autre, au-delà de ses différences.
Ainsi la cie travaille à la fabrication d’œuvres collectives qui mélangent ados/adultes de tous bords politique/religieux/sociaux où chacun, quel qu’il soit, est indispensable parce qu’il apporte sa pierre à la fabrication de l’édifice final, c’est-à-dire la pièce de théâtre.
La cie s’est donnée pour mission de construire des ponts !

Le travail avec les ados :
- La cie est dans une démarche active pour aller rencontrer les jeunes là où ils sont, par le biais d’ateliers offerts, de rencontres, de lectures etc : dans les collèges et les lycées, les MJC, les maisons de quartier, les IME etc.
Donc dans un premier temps c’est le théâtre qui vient aux jeunes,
progressivement on les amène au théâtre, par le biais d’un atelier qui se passe sur le plateau par exemple. A St Priest, comme Anne Courel dirigeait le théâtre cela permettait aussi qu’on facilite l’accès des jeunes aux spectacles.

- La gratuité est un point important de notre démarche ainsi que l’adaptabilité des comédiens pour convenir avec les jeunes des horaires qui leur conviennent le mieux, ouvrir un nouvel atelier si besoin, etc.
Cette souplesse, au lieu de donner du théâtre à la carte, très souvent, responsabilise les ados sur leur engagement.

- Les ponts : avec les ados aussi on fait des ponts avec d’autres qu’ils n’auraient sans doute jamais rencontrés : des ados d’un IME, d’un autre quartier ou bien des adultes, des vieux, etc !
Les différences entre participants rendent ces groupes plus protéiformes et beaucoup plus passionnants. Par le biais du théâtre on construit ensemble un nouveau regard sur l’autre. Et aussi dans le monde de l’adolescence où beaucoup de choses sont calquées sur un "désir mimétique", au théâtre c’est leur singularité, leur différence qui nous intéresse. C’est ça qu’on cherche en atelier et c’est aussi une façon de les révéler à eux-mêmes...

Comment le théâtre de façon intrinsèque fait bouger les ados ?
- Aujourd’hui on est dans un monde d’images, où les ados notamment communiquent de plus en plus avec/par les images. Les jeunes vont être dans la maîtrise, la construction de leur propre image (ou de leur propre mythe), en témoigne les « Selfies », par exemple. Le théâtre dans son essence même, parce qu’il faut « jouer un autre que soit », va faire un pas de côté vis-à-vis de cette construction d’une image unique ou figée. (Ce que j’adore c’est quand les 13-14 ans de St Priest ou de Villeurbanne « s’oublient » dans le jeu : parce qu’ils sont pris dans les enjeux d’une scène ou d’un exercice, ils oublient de se regarder, de maîtriser l’image qu’ils renvoient d’eux-mêmes (la carapace pour certains) et alors on les découvre et ils se découvrent à un autre endroit. Souvent ils sont beaucoup plus jeunes, plus proches de l’enfance que leur attitude ne le laissait entrevoir !).
- Idem, dans une société qui fonctionne beaucoup sur le désir mimétique, ressembler à l’autre, avoir les mêmes marques de vêtements, les mêmes goûts etc, le théâtre de façon intrinsèque inverse la vapeur. C’est leur singularité, leur différence qui va nous intéresser, et c’est en ça aussi qu’on ouvre leur façon de penser le monde il me semble : le penser à partir de leur propre singularité, c’est à dire forger sur le monde un regard qui soit le leur.

Réagir aux enjeux du monde d’aujourd’hui :
- La cie travaille essentiellement à partir de textes de théâtre contemporain, parce qu’ils posent souvent les questions à chaud et au présent du monde dans lequel nous vivons. Par exemple il y a 4 ans ? à St priest nous avons monté avec une 50aine d’amateurs ados et adultes "Pulvérisé" d’A.Badéa , commande de la cie à l’auteure, (texte qui a par la suite reçu le grand prix de la littérature dramatique). Le texte est sur le monde du travail, et il n’est pas très fleur bleue. A la première lecture tous les amateurs (ados y compris) étaient déroutés car nous étions très loin du divertissement. Ils ont acceptés de nous faire confiance et le travail qu’on a mené avec eux a été extrêmement riche et fort.

- La cie réfléchit activement à la responsabilité des œuvres qu’on propose pour les ados. Nous avons engagé avec Luc Tartar et Karin Serres un travail de réflexion sur : qu’est ce que le théâtre Ados ? Quelle vision du monde on leur raconte ? Est-ce qu’on peut leur livrer une pièce qui n’ait pas une seule fenêtre d’espoir par exemple ? L’idée est de construire collectivement notre regard sur le théâtre ados, mais aussi d’être garant du monde qu’on leur raconte et qu’on leur fait jouer. Un groupe d’ados nous aide aussi dans ce cheminement : on leur propose plein d’extraits et on débat avec eux de ce que ça leur renvoie, si ça leur parle et pourquoi ?
Pour l’instant on en est parvenu à la conclusion que le théâtre pour ados est celui qui a les doigts branchés dans la prise de notre monde, en contact avec ces problématiques.
Sociologiquement : Le déplacement de la fiction (par la tv réalité par exemple), les nouveaux moyens de communication (Internet, Tchat, Textos etc), la durée de l’attention réduite par un phénomène de zapping etc
Politiquement : l’époque que nous traversons, la crise, la violence et le phénomène du bouc émissaire (par ex.) les phénomènes de société ...
Comment des œuvres qui parlent de ce monde peuvent-elles malgré tout être porteuses de quelque chose qui regarde devant/lumineux/porteur d’espoir ?
comment leur donner aussi les clefs d’un monde où tout n’est pas pourri ?
- C’est par les textes et les mots que la cie ancre son travail, parce que ce sont les mots qui permettent de faire avancer la réflexion, de ne pas réduire le champ de pensée à un vocabulaire approximatif et réducteur.
- la cie s’interroge quasi-quotidiennement sur notre propre position d’adulte en contact avec des ados

- La démarche de la cie est aussi de rester perméable à la parole des ados : c’est un travail qui marche dans les 2 sens et nous ne sommes pas détenteurs d’une vérité qu’on leur impose ou qu’on leur enseigne, on cherche avec eux. Autrement dit : on est pas dans un rapport hiérarchisant ou éducatif avec eux, mais on cherche à l’horizontale.
Dans la même idée, les auteurs avec qui travaille la cie sont eux aussi en contact avec les ados : par le biais de rencontres et d’un travail sur le terrain, résidence dans un collège par ex. ou Laclasse.com où Luc livre aux élèves une de ses pièces par fragments, et où les élèves répondent à des consignes autour de l’œuvre : l’an prochain, l’écriture de la pièce sera induite par les ados eux-mêmes : l’œuvre sera en cours et ils auront une place active dans le processus d’écriture.
Ce travail désacralise et dépoussiérise le théâtre d’une vision vieillotte (je me souviens d’ados qui font la bise à S.Levey ou A. Badéa à St Priest).

C’est parce que le théâtre parle du monde d’aujourd’hui qu’il intéresse encore les ados...

Donc nous réagissons aux enjeux du monde d’aujourd’hui en regardant ce monde avec eux, en le parlant, le jouant, en mettant des mots dessus pour faire avancer notre vision du monde. Et on fait ça ensemble, avec l’autre et avec toutes ses différences qui font ce monde-là justement.

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