Du TAC au TAC

Quand les ados s’emparent de l’écriture théâtrale contemporaine

Accueil > Textes > Si on tentait de s’intéresser aux préoccupations adolescentes ?

Si on tentait de s’intéresser aux préoccupations adolescentes ?

mercredi 22 mai 2019, par Sylvain Levey

Sylvain Levey, acteur et auteur  : J’ai commencé à mener des ateliers pour les enfants il y a 20 ans. Le théâtre pour la jeunesse à l’époque n’existait pas beaucoup. J’ai alors commencé à écrire mes propres textes pour questionner la société et laisser les enfants faire acte sur le plateau.
Mes textes offrent une matière à réfléchir, à rire et à s’inscrire dans la société.

Les auteurs contemporains se connaissent, on lit les textes des autres et sommes témoins de l’évolution du théâtre jeunesse contemporain. Pour moi, les auteurs qui ont une dizaine de livres derrière eux ont une véritable œuvre. Nathalie Papin et Philippe Dorinen en sont exemple. Il y a aussi des premiers textes d’un auteur qui sont supers mais il faut voir s’ils persistent et continuent.
Les thématiques que j’aborde dépendent des périodes. Je suis un peu une "éponge de la société".

Mon métier comprend une part de rencontres dans les classes. Mes textes sont généralement lus et préparés par des professeurs en classe.

Un beau moment : A propos du texte Michelle, doit-on t’en vouloir d’avoir fait un selfie à Auschwitz ? Deux groupes d’ados discutaient entre eux. Les adultes n’intervenaient plus en tant que référents, ni modérateurs, les adultes écoutaient juste. A ce moment nous avons eu le sentiment de passer un cap.
Rencontrer des ados a toujours un intérêt mais attention, cela ne change pas la façon d’écrire. J’aime me sentir utile, les aide à se battre contre leur montagne de bêtise, et leur montrer qu’ils sont intelligents.

Ce qui fonctionne moins bien : Pour moi, il y un souci quand il n’y a pas d’histoire commune. Les rencontres ne marchent pas quand ils n’ont pas lu. Il faut les préparer, leur dire qui ils rencontrent. Il ne faut pas trop les cloisonner mais ils n’ont pas la capacité de créer des débats quand ils ne sont pas bien accompagnés. Ils sont très, parfois trop spontanés. C’est pourquoi il vaut mieux une vraie préparation. Préparations qui sont parfois maladroites, parce qu’il ne faut pas sacraliser l’écriture. C’est parfois maladroit dans un souci de bien faire.
Les jeunes sont parfois bien présent et parfois ailleurs. Dans ce cas il faut composer et être au maximum au présent avec eux. Après, ça ne fonctionne pas toujours, je ne suis pas toujours en forme et nous ne sommes pas des héros.

Pour les ados : Je trouve que c’est important de rencontrer des auteurs. La parole compte beaucoup pour eux. En tant qu’auteur on ne pas dire n’importe quoi, on ne peut pas jouer le Rebelle à deux balles. Il faut être juste dans ce qu’on dit. Parce que ça a une grande importance pour eux. On a des propos différents de ce qu’ils entendent d’habitude alors ils sont plus à l’écoute. Il ne faut pas hésiter à les titiller, à dire que Dany Boon et Gad Elmaleh ne sont pas des bons acteurs. Généralement ils aiment les gens radicaux, ceux qui défendent leurs idées. Évidemment ils ne sont pas tous captifs et ne sont pas forcément de grands lecteurs. On n’arrive jamais en terrain conquis. Ils ont été obligés à lire un texte. Mais c’est aussi ce qui fait la force des textes de théâtre, c’est très direct. Ce sont des textes qui vont leur parler et ce qui écrit va devenir important pour eux, parce que c’est lui qui parle pour eux, qui parle en leur nom. D’un coup ils se disent « on parle de moi » et c’est la force du théâtre contemporain. La littérature poussiéreuse, de Victor Hugo ou Balzac n’ont pas les mêmes interrogations. Dès que leurs professeurs les font lire il y a une sympathie qui se créée parce qu’on écrit des choses qui les ont un peu interpellés. Il faut les pousser à aimer ne pas aimer.

Un message, un commentaire ?

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.